L’abri de Triju et Japi
Rimou pose sa tasse fumante sur la table et caresse son écharpe. Elle sourit tendrement.
— Ah… celle-ci, murmure-t-elle, je ne suis pas près de l’oublier. J’étais tranquillement en train de noter deux ou trois idées quand la tempête m’est tombée dessus. Autant te dire que je ressemblais plus à un glaçon qu’à une voyageuse… Heureusement, quelqu’un veillait. Et pas n’importe qui !
Elle tourne une page ; son carnet craque légèrement, comme s’il se souvenait lui aussi.
Quelques heures plus tôt, rien ne laissait deviner ce qui allait arriver. Et pourtant, en un clin d’œil, Rimou s’était laissée surprendre par une tempête de neige…
Sa cape serrée autour des épaules, elle avançait tant bien que mal, enfoncée dans la neige jusqu’aux genoux. Entre le vent et les flocons qui la piquaient, chaque pas devennait un combat. Elle commençait à se demander si elle trouvera un abri…
Heureusement, Triju passait par là !
Comme chaque soir de grosse neige, elle arpentait la forêt, veillant sur les animaux qui, comme Rimou, se font prendre au piège du froid. Sa silhouette se découpant dans la blancheur, et sa voix douce suffisent à réchauffer un cœur gelé.
— Par ici ! Approche vite, tu vas geler sur place ! lança-t-elle dans la nuit.
Et c’est ainsi, grelottante mais soulagée, que Rimou poussa la porte de La Maison.
La Maison ?
C’est celle de Triju et de Japi. Une ancienne cabane qu’elles agrandissent, rafistolent, embellissent, et surtout… étendent à travers tout un arbre.
Des étages nichés dans un tronc creux, une cheminée au tirage capricieux, un grenier qui sent le nid douillet — et autant de petites pièces qu’il y a de visiteurs à accueillir. Comme un petit village au cœur de la foret.
Car La Maison n’appartient pas seulement à Triju et Japi. Elle appartient à tous ceux qui en franchissent le seuil.
Peu importe d’où l’on vient, qui l’on est, ce qu’on a vécu ou ce qu’on a perdu : ici, chacun trouve un coin chaud, une tasse fumante, un endroit où poser ses pattes, ses ailes, ou son cœur fatigué.
Les différences fondent dans la chaleur du foyer. Le renard y partage une histoire avec la souris et personne n’y voit rien d’extraordinaire.
On vient pour une nuit ou pour longtemps.
On repart quand on veut — ou jamais, si l’on sent qu’ici, quelque chose peut recommencer.
Et Japi, elle, tricote. Des petites écharpes, des grandes, des rayées, des moelleuses, des qui grattent un peu mais réchauffent beaucoup. Comme autant de bras qui serrent et qui disent je suis là.
Elle en tend une à Rimou, d’un rouge bordeaux profond.
— Pour toi, dit-elle simplement. Tu vas rester le temps que la tempête passe.
Dans la chaleur de La Maison, tandis que la neige continue de battre contre les murs d’écorce, Rimou sent son cœur — et ses doigts engourdis — se réchauffer doucement.
Elle referme son carnet en soufflant, comme pour remettre de l’ordre dans les souvenirs qui s’y bousculent.
— Voilà… murmure-t-elle. C’était une drôle de soirée… mais je crois que je n’aurais pas voulu qu’elle se passe autrement. Je vais faire une petite pause, juste le temps de réchauffer mes doigts… Mais reste dans le coin, Calim car la prochaine histoire ne va pas tarder.st post. Edit or delete it, then start writing!